ANGOLA:JOSE EDUARDO AGUALUSA RACONTE L’HISTOIRE DE L’INCROYABLE ROI-REINE GINGA

José Eduardo Agualusa, tout comme son aîné Mia Couto, s’est plongé dans l’histoire de son pays, l’Angola. Un tournant pour le grand reporter et romancier qui nous avait enchantés, notamment avec son Marchand de passés, ou sa Théorie générale de l’oubli.

Son sixième livre traduit en français tranche avec cette veine pour élire celle de la grande fresque historique richement documentée. Ce roman est en effet directement inspiré par la figure légendaire de la reine Ginga,qui tint tête aux conquérants, portugais puis hollandais, tout en menant sa cour à sa façon. Parmi bien d’autres exemples, elle s’entourait d’un harem d’hommes déguisés en femmes. C’était une dominatrice sexuelle avec laquelle il ne fallait pas plaisanter. Même La Philosophie dans le boudoir du marquis de Sade mentionna les mœurs du personnage !

L’histoire de Ginga

« La reine Ginga » au règne tumultueux nous est racontée ici par un jeune prêtre né au Brésil, de mère indienne, novice de la Compagnie de Jésus, qui se retrouve à Luanda secrétaire de ladite Ginga (devenue Ana de Souza après son baptême). Ce ne sont pas les prêtres qui ont manqué dans l’entourage de la reine, et l’on conserve les récits de deux confesseurs italiens qui se sont succédé auprès d’elle. Celui du dernier, Giovanni Cavazzi da Montecuccolo, publié en 1687, a été traduit aux éditions Chandeigne sous le titre « Njinga, reine d’Angola ». Peu de points communs entre ce franciscain fier d’avoir mené la démoniaque reine dans le giron de la foi chrétienne et le novice brésilien du roman d’Agualusa. Ce dernier a certes l’œil tout ouvert sur ce qu’il voit, mais il n’en oublie pas de découvrir par lui-même bien d’autres plaisirs que la prière, notamment dans les bras d’une jeune esclave. Mais de se révolter aussi face à la violence de la traite esclavagiste. Les deux l’éloignant de la foi.

… du Brésil à l’Afrique

Au rythme des stratégies de conquête et de reconquête du royaume de Ginga, cette épopée, nourrie de faits historiques, transporte le lecteur du Brésil à l’Afrique, et jusqu’à Amsterdam, dans les coulisses des puissants, sur les bateaux de pirates, dans les pires geôles et sur les plus douces couches, sans perdre visage(s) humain(s). L’amitié et l’amour, avec transgressions en tout genre, peuplent en effet ces pages dont la richesse donnerait presque le tournis si elles n’étaient d’une construction impeccable et la plupart du temps vibrantes d’une passion communicative à dire « comment les Africains ont inventé le monde ».

La reine Ginga et comment les Africains ont inventé le monde, José Eduardo Agualusa, traduit du portugais par Danielle Schramm, éd. Métailié, 242 pages, 21 euros. En semi-poche, Le marchand de passés, Suites, Métailié.

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