AFRIQUE : BILAN DES SIX PAYS DE LA ZONE CEMAC EN 20 ANS

En 1996, les pays de la CEMAC cumulaient un PIB de 18,5 milliards pour 28,4 millions d’habitants ce qui signifie qu’en 20 ans, la sous-région a multiplié ses revenus par plus de 4 et sa population par 1,7. Le revenu moyen par habitant étant multiplié par 2,4. Disons que cette statistique cache tout de même d’immenses disparités puisque sur la même période la République Centrafricaine a multiplié son PIB par 1,4 alors que la Guinée Equatoriale l’a multiplié par… 86. Le niveau de développement humain est tout aussi inégal car il culmine aujourd’hui au Gabon à 0.684 ce qui est au dessus du Maroc ou du Vietnam et descend à 0.350 en République Centrafricaine qui est éventuellement avant dernier dans le monde. La Guinée Equatoriale dispose cependant d’un revenu moyen par habitant supérieur à celui de la Pologne et présente à ce jour un niveau de développement humain inférieur à celui du Congo Brazzaville.

Pour ces pays de la zone CEMAC, voici une estimation en 20 ans de leurs évolutions :

 

  • Le Cameroun

Le pays entame l’année 1996 avec une constitution toute neuve qui institutionnalise les provinces et qui soumet le gouvernement au contrôle du Parlement en déplorant ainsi la lenteur des réformes de privatisations et de réduction des effectifs de la fonction publique. Le FMI tarde donc à accorder son aide. La dette extérieure atteint près de 75% du PIB. L’Etat paie ses factures de plus en plus tard et met de nombreuses entreprises en difficultés, au grand damn du GICAM (Patronat). En 20 ans, le Cameroun a multiplié son revenu par 3,2 et sa population par 1,6.

  • Le Gabon

« Les Accords de Paris » mettent fin à la longue crise post-électorale consécutive à l’élection contestée d’Omar Bongo. Le taux de chômage culmine à 20% et la dette frôle les 100% du PIB. Le FMI accorde bon gré mal gré une facilité financière supplémentaire de 165 millions $ tout en espérant en retour une croissance de 3,3% et des réformes économiques. Il suivra juste après l’accord la privatisation du Transgabonais et la sortie de l’OPEP.  En 20 ans, le Gabon a multiplié son revenu par 2,9 et sa population par 1,6.

  • Le Congo Brazza

Avec une dette extérieure qui dépasse largement le PIB, l’administration de Pascal Lissouba n’a pas eu d’autres choix que de se soumettre aux volontés du FMI. L’année 1996 sera donc celle des privatisations des entreprises, on se souvient alors de Hydrocongo, Coraf et Union congolaise des banques pour ne citer que celles-là. Le Club de Paris efface une partie de la dette et les donateurs promettent un soutien de 300 milliards de FCFA. Reste étant d’organiser les élections dans un contexte très tendu où les partis politiques disposaient encore de milices armées. En 20 ans, le Congo a multiplié son revenu par 4 et sa population par 1,7.

  • Le Tchad

En 1996, Idriss Déby remporte les élections et le pays adopte une nouvelle constitution. Après des décennies de guerre civile, un espoir émerge de la région du Sud-Est où du pétrole a jailli en espérant de ce gisement providentiel 200 000 barils par jour et nécessite alors de faire des forages et de construire le pipeline qui traversera le Cameroun pour rejoindre la côte. En 20 ans, le Tchad a multiplié son revenu par 7,5 et sa population par 2.

  • La République Centrafricaine

En 1996, en dépit d’une croissance économique de 7%, les caisses sont vides. Les salaires des fonctionnaires et de l’armée accusent plusieurs mois de retard, les enseignants sont en grève. Le docteur FMI prescrit un remède de cheval : baisse de 20 à 30% des salaires de la fonction publique et privatisations. Mais c’est déjà trop tard, l’armée se rebelle. Pillages, exactions, départs des expatriés… Les militaires français viennent ramener l’ordre. Les parties négocient et accouchent d’un accord le Nouveau gouvernement. Entre temps la croissance s’est effondrée à 2%. Les discussions avec le FMI reprennent mais en novembre éclate une nouvelle mutinerie. Et ainsi de suite… En 20 ans, la République Centrafricaine a multiplié son revenu par 1,4 et sa population par 1,5.

  • La Guinée Equatoriale

En 1996, le pays est pauvre. Le paludisme et la typhoïde font des ravages. Seuls quelques privilégiés jouissent de l’eau courante et de l’électricité. Les services de santé et d’éducation sont déplorables. Mais en octobre, le président Obiang Nguema inaugure le premier champ de pétrole du pays et attend 40 000 barils par jour pour pouvoir doubler les revenus du pays. En 20 ans, la Guinée Equatoriale a multiplié ses revenus par 86 et sa population par 1,9.

CF avec les données de la Banque mondiale et L’Etat du Monde éd. 1997.Source Agence Ecofin

12er

CARINE MAMBOU

Load More Related Articles
Comments are closed.

Check Also

AFRIQUE: ALIKO DANGOTE FURIEUX, DIT AVOIR BESOIN DE 38 VISAS POUR VOYAGER SUR SON CONTINENT

AFRIQUE: ALIKO DANGOTE FURIEUX, DIT AVOIR BESOIN DE 38 VISAS POUR VOYAGER SUR SON CONTINEN…