CAMEROUN: JEAN SAMUEL NOUTCHOGOUIN, L’UNE DES PLUS GRANDES FORTUNES D’AFRIQUE FRANCOPHONE N’EST PLUS

Jean Samuel Noutchogouin, l’une des plus grandes fortunes d’Afrique Francophone n’est plus. Plus discret que ce patriarche, c’était rare, mais alors très rare d’en trouver.

Né en 1933, Jean Samuel Noutchogouin quitte l’école occidentale assez tôt. Orphelin de père, il doit se battre en tant qu’homme pour subvenir aux besoins de la famille. Son parcours commence par le petit commerce, il vend le manioc avec sa maman au marché du village et son sens des affaires et de l’entrepreneuriat va lui permettre par la suite de constater le besoin des cultivateurs de la région de l’Ouest en matériaux pour labourer.

Voisin direct d’un autre monument de l’économie camerounaise Victor Fotso à Bandjoun, Jean Samuel dans un silence légendaire a bâti l’un des plus grands empires camerounais. Beaucoup l’ont seulement découvert après son apparition dans le classement Forbes ou encore après la sortie de son livre autobiographique. Pourtant, il est pratiquement impossible pour tout habitant d’Afrique Centrale de passer une journée sans utiliser un produit lié à ce patriarche.

Le grand Homme a fait sa toute première entrée dans la ferraille. Au fait, le jeune homme achétait de la ferraille à Nkongsamba et faisait transformer en houes, machettes, haches par les forgerons traditionnels afin de vendre aux cultivateurs. Le business était un véritable succès et donnera naissance à l’ouverture d’une quincaillerie.

Par la suite, Jean Samuel Noutchogouin entre dans le monde de l’industrie avec la création de la société de provenderie du Cameroun (SPC), l’entreprise connait un succès phénoménal, très rapidement, il prend le contrôle de l’élevage dans la sous-région Afrique centrale. Entre la vente des provendes, la vente des poussins et l’aviculture à très grande échelle et l’élevage des porcs, il devient intouchable et étend ses activités dans le plastique avec ICRAFON, dans l’immobilier, dans la finance avec la Banque Atlantique. Il est aussi le plus gros actionnaire camerounais du groupe français CFAO. Sa présence était très remarquée dans la distribution des véhicules de marques notamment Toyota, Suzuki et Peugeot.

L’histoire de cet homme nous décomplexe largement sur la question de l’école occidentale, le savoir et le bon sens. Il y a aussi cette leçon de vie derrière : modestie, valeur de la parole donnée en affaires, mais surtout… la gestion de la question de la polygamie, véritable Talon d’Achille des grandes fortunes des Grassfields avec la question de leur transmission à d’autres générations. Ici, le destin a été dur avec Jean Samuel Noutchogouin, qui avait perdu son fils aîné, Jean Roger Noutchogouin, à qui il destinait les rênes de son empire. Mais cet homme a poussé ses autres enfants dans des carrières solides tels que la médecine, l’ingénieurie et autres.

A 84 ans, Jean Samuel Noutchogouin aura tout accompli. Son humilité et sa discrétion sont une leçon pour la jeunesse camerounaise. Son parcours est une source d’inspiration, une preuve que le succès ne tient pas compte de là où on vient, mais de la capacité de tout individu de pouvoir saisir les opportunités qui se présentent à lui. Il s’en va ainsi laissant derrière lui une grande fortune ainsi que plusieurs fils et petit-fils. Après Kadji Defosso, en septembre dernier, André Sohaing il y a quelques années, ce décès de plus s’inscrit dans la classe bourgeoise Camerounaise.

Force est de mentionner que les fortunes locales de Jean Samuel Noutchogouin, fruit de l’entreprenariat indigène, sont une spécificité et une fierté du Cameroun, et peut être aussi une chance pour le pays et l’Afrique, dans la recherche de voies pour l’émergence.

CARINE MAMBOU

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