GABON : L’AFRIQUE À L’ÉPREUVE DE LA DÉMOCRATIE.

IMG-20160901-WA0001C’est à 17h (heure de Paris) que l’épilogue de l’election présidentielle tenue le 27 août dernier au Gabon a eu lieu. Deux candidats ont particulièrement retenu l’attention durant cette élection: Jean Ping ancien président de la commission de l’union africaine (2008-2012) et Ali Bongo président sortant.

Tout a commencé avec une campagne électorale plutôt bien menée par les uns et les autres; même si selon certains observateurs, les équipes du candidat Ping et ses alliés manquaient de propositions par des attaques personnelles face à un Ali Bongo qui avait un bilan à défendre et donc proposait un nouveau projet de société au peuple gabonais.

Nous avons aussi observé un grand intérêt des médias locaux et panafricains pour cette élection, du moins pendant la période pré électorale. Ainsi donc avaient convergé à Libreville Vox Africa, Africa 24, Équinoxe télévision, Teleafrica…pour ne citer que ceux la. À l’instar de l’Observatoire de la Couverture Médiatique des Élections Gabonaises de 2016 (OCME-Gabon 2016) qui dans son rapport rendu publique le 11 août 2016, pointe du doigt le déséquilibre de traitement en faveur d’Ali Bongo, en ce qui concerne les médias locaux qu’ils soient privés ou publics; nous avons aussi pu observer le même déséquilibre en ce qui concerne les médias panafricains cités plus haut. Car les plateaux organisés avec les candidats ne l’ont été qu’avec Ali Bongo. Le décor était planté.

Mais dès le 27 au soir, coup de tonnerre. Les deux camps celui de Jean Ping en tête revendiquent chacun la victoire. Alors même que la CENAP (Commission Électorale Nationale Autonome et Permanente) dit avoir besoin de 72 h pour rendre les résultats. Cela va donc être le début des 72h probablement les plus longues pour les gabonais d’autant plus que la pléthore de journalistes sur place est désormais muette. Rien ne filtre. La nature ayant horreur du vide, c’est ainsi que les réseaux sociaux entrent en scène. On voit donc circuler ici et là des photos des procès verbaux montrant clairement que le candidat Ping mène la course en tête. Ce dernier dans une sortie médiatique demandera même au candidat Bongo de se rendre à l’évidence et d’accepter sa défaite. C’est par un tweet que ce dernier lui répondra en tweetant « …jamais je ne joindrai ma voix au concert des hurlements et des invectives… ».

Alors que les résultats se font attendre, nouveau coup de tonnerre; l’enregistrement d’une conversation téléphonique mettant en scène le candidat Jean Ping et Mamadi Diane conseiller

spécial d’Alassane Ouattara circule dans les réseaux sociaux et tourne en boucle sur certains médias.

Dans cet entretien téléphonique sieur Diane conseille clairement à Jean Ping de corrompre certains membres de la CENAP afin que ceux ci démissionnent créant ainsi la pagaille. Le gouvernement par la voix de son porte parole réagit et parle clairement d’ingérence. Ce qui est sans nous rappeler une certaine élection tenue en 2010 en Côte d’ivoire. Mais les rebondissements ne s’arrêtent pas là. Alors que le délais de 72h est expiré et toujours pas de résultats, le ministère de la défense du Gabon fait une sortie médiatique et son SG M. Gabriel Hodjoua met en garde les gabonais sur le fait qu’un groupe de cybercriminels ivoiriens menace les communications Gabonaises avec une application nommée regab pouvant alimenter les réseaux sociaux de faux contenus. Il signalera également la saison de plusieurs matériels de communication et des armes. C’est dans ce climat de tension que les habitants de Libreville désertent les rues, vident les boulangeries et s’approvisionnent au maximum au cas où la situation venait à virer au chao d’autant plus que le 31 août la CENAP n’est toujours pas réunie.

Au matin du 31 août, la CENAP se réunie enfin et annonce la proclamation des résultats le jour même par le ministre de l’intérieur M. Pacome Boubeya. Dans la mi-journée, alors que les résultats officiels se font toujours attendre, on apprend à la foulée la démission du vice président de la CENAP Paul-Marie Gondjout représentant de l’opposition au motif que les résultats provenant de la province d’origine du candidat Ali Bongo seraient invraisemblables avec un taux de participation de 100%. Dans la même foulée, l’UE demande le recomptage par bureau de vote. Mais la CENAP lui opposera une fin de non recevoir trouvant la requête raisonnable mais pas prévu par la loi gabonaise. A cette heure de la journée, certaines sources (médias français notamment) citant les membres de la CENAP annoncent Ali Bongo Ondimba vainqueur de l’election présidentielle avec 49,80% de suffrages exprimés contre 48,24% pour son dauphin Jean Ping. A ces annonces les partisans de Jean Ping se sont rués vers la CENAP. Mais l’epilogue de la journée arrivera lorsque les résultats definitifs seront lus par M. Pacome Boubeya ministre de l’intérieur. Ce dernier après lecture des résultats par province, confirmera la victoire d’Ali Bongo avec 49,80% des suffrages exprimés.

Cette annonce officielle fera monter la grogne des partisans de Jean Ping qui iront à l’affrontement avec les forces de l’ordre qui riposteront avec du gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes.

Au regard de ce récit on est en droit de se poser la question de savoir si l’Afrique est réellement prête à vivre la démocratie et ses règles. Les populations africaines gagneront-elles en maturité un jour? Les candidats aux élections en Afrique apprendront-ils à respecter le verdict des

urnes? Les alternances pourraient-elles s’opérer dans le calme comme ce fut le cas au Benin? Toujours est il que le constat est clair : l’apprentissage de l’Afrique à la démocratie a assez duré et il serait grand temps que les africains se mettent au diapason de ce mode de gouvernance où le peuple est souverain.

En attendant que cela se produise, nous souhaitons que le peuple gabonais face preuve de maturité et ne tombe pas dans le piège de la déstabilisation en se rangeant derrière le candidat élu. C’est aussi ça la démocratie: accepter l’avis de la majorité même si elle est infime comme c’est le cas actuellement au Gabon afin d’éviter une crise électorale qui ferait plus de mal à ce magnifique peuple.

Olivier NKU.
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