ZIMBABWE: COUP D’ETAT, ROBERT MUGABE HEROS DE L’INDEPENDANCE DEVENU DESPOTE

La presse revient ce mercredi matin sur les derniers jours plutôt brûlants du zimbabwe dirigé d’une main de fer par le plus vieux chef d’Etat en exercice Robert Mugabe. Des coups de feu dans la nuit, des mouvements de soldats et de blindés, des militaires qui démentent à la télévision les rumeurs de coup d’Etat… Que se passe-t-il vraiment au Zimbabwe ?

Des officiers de l’armée du Zimbabwe ont annoncé être intervenus dans la nuit de mardi à mercredi pour éliminer des criminels proches du président mais ont démenti toute tentative de coup d’Etat. En effet, l’entrée en scène de l’armée intervient en pleine crise ouverte entre M. Mugabe et le chef de l’armée après le limogeage la semaine dernière du vice-président du pays Emmerson Mnangagwa, longtemps présenté comme son dauphin.

Dans un message lu dans la nuit à la télévision nationale, le général Sibusiso Moyo a affirmé que l’armée n’avait pas mené de coup d’Etat contre le gouvernement en ces termes: « nous ne faisons que viser les criminels qui l’entourent, dès que notre mission sera accomplie, nous nous attendons à ce que la situation retourne à la normale. Nous assurons à la Nation que son Excellence le président sa famille sont sains et saufs et que leur sécurité est garantie ».

Tout a commencé il y a une semaine avec la destitution du vice-président, Emmerson Mnangagwa. « Ce dernier, jusqu’au lundi 6 novembre, était à la tête de la faction Lacoste ainsi nommé par allusion à son surnom de ‘Crocodile’ pendant la guerre de libération, qui pensait se voir confier la succession du président vieillissant après sa mort. Mais c’est une autre faction, Génération 40, réunie autour de la première dame, Grace Mugabe qui est parvenue à pousser le chef de l’Etat à destituer Emmerson Mnangagwa. L’ex-vice-président, depuis, est en cavale. Il semble avoir réussi à fuir le Zimbabwe, si l’on en croit une déclaration signée de sa main. Sa fuite a été possible grâce à ses soutiens au sein des forces armées, malgré les consignes de boucler les frontières.

Par défi, il avait un jour promis de fêter ses 100 ans au pouvoir. Le président du Zimbabwe Robert Mugabe devrait être poussé vers la sortie à seulement 93 ans, incarnation jusqu’à la caricature du despote africain prêt à tout pour perpétuer son règne. Accueilli en 1980 en héros de l’indépendance loué par l’Occident, le plus vieux chef d’Etat en exercice de la planète a été placé mercredi en détention par l’armée, après plus de trente-sept ans d’un pouvoir sans partage qui a ruiné son pays.

« Robert Mugabe fut un formidable dirigeant dont le pouvoir a dégénéré au point de mettre le Zimbabwe à genoux », résume Shadrack Gutto, professeur à l’Université sud-africaine Unisa. Et pourtant lorsqu’il a pris les rênes de l’ex-Rhodésie dirigée par la minorité blanche, Robert Mugabe a séduit. Sa politique de réconciliation, au nom de l’unité du pays, lui vaut des louanges générales, particulièrement dans les capitales étrangères. »Vous étiez mes ennemis hier, vous êtes maintenant mes amis », lance l’ex-chef de la guérilla.

Il offre des postes ministériels clés à des Blancs et autorise même leur chef, Ian Smith, à rester au pays. Bardé de diplômes, le révolutionnaire Mugabe apparaît comme un dirigeant modèle. En dix ans, le pays progresse à pas de géant : construction d’écoles, de centres de santé et de nouveaux logements pour la majorité noire. Très tôt pourtant, le héros a la main lourde contre ses opposants. Pour l’armée, c’est inacceptable. Le général Chiwenga n’a pas dit autre chose ce lundi en conférence de presse : pour lui, il faut « arrêter cette purge et ces manigances ». Le militaire avait ajouté que, « quand il s’agit de protéger notre révolution, l’armée n’hésitera pas ».

Robert et Grace MugabePour l’armée, Grace Mugabe, qui se débarrasse d’un ex vice-président pour essayer de prendre sa place à ce poste et éventuellement succéder au chef de l’Etat est déjà, totalement inadmissible. Pour les militaires, non seulement l’épouse du président n’a aucune légitimité, mais en plus elle est née en Afrique du Sud, pas au Zimbabwe. D’ailleurs, au départ, elle était simplement la secrétaire de Robert Mugabe.

Pour le moment, le chef de l’armée, le général Chiwenga, contrôle la situation, mais cela pourrait encore changer. D’autant que la puissante Association des vétérans de la guerre de libération est également très divisée. Et puis, enfin, il y a l’Afrique du Sud. On peut se demander ce que vont faire Pretoria et la Communauté de développement d’Afrique australe, l’organisation régionale.

CARINE MAMBOU

 

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  2. […] La première dame du Zimbabwe, Grace Mugabe, est annoncée en Namibie au moment où son époux, le président Robert Mugabe est détenu par l’armée. […]

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